La Démocratie expliquée à mes ados

Après le débat national sur le burkini, et alors que la presse se fait l’écho des lancements de campagnes électorales des uns et des autres, un petit recadrage sur la notion de démocratie me parait d’actualité.

Note : évidemment, de nombreux points demandent à être développés. Et ce texte n’est ni un manifeste, ni une thèse exhaustive sur le sujet. C’est un jeu de question réponse tel que je pourrais en avoir un avec mes enfants de 12 et 14 ans. Son but est d’éveiller et d’alerter en suscitant des questions et des débats. Pas de formuler une vérité absolue et définitive.

 


1 – C’est quoi la démocratie ?

C’est un régime politique (on pourrait dire une façon de gouverner) dans lequel le peuple exerce le pouvoir.

Etymologiquement, « demos » désigne le peuple et kratos, désigne le pouvoir.

On distingue la démocratie d’autres régimes politique :

  • Aristocratie : c’est une élite qui exerce le pouvoir. Les nobles, les notables, les intellectuels, une classe ou une caste supérieure…

Exemples : la monarchie, avec un roi ou une reine et une classe nobiliaire ; Les émirats arabes…

Cas particulier : on parle d’oligarchie quand un petit groupe de personnes exerce le pouvoir.

 

  • Théocratie : ce sont les représentants de Dieu, donc les prêtres, qui exercent le pouvoir…

Exemples : Le Vatican ou le pape est le chef de l’État, L’Iran ou l’ayatollah est le chef de l’État.

 

  • Autocratie : c’est une personne auto-désignée qui exerce le pouvoir.

Exemples : dictatures établies suite à des coups d’états (prise du pouvoir par la violence), ou usurpation progressive du pouvoir par des personnes qui avaient été élues démocratiquement (Hitler, Mussolini…)

On voit dans la dernière définition qu’il existe des exemples historiques de glissement de régimes démocratiques vers des régimes autocratiques. Rien n’est jamais figé définitivement et dans une démocratie, le peuple doit rester vigilant s’il veut conserver son pouvoir.

 

 

2 – Le peuple exerce le pouvoir… concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?

A partir du moment où plusieurs personnes doivent coexister dans un même espace, la question se pose de savoir, comment on s’organise pour vivre ensemble. Qui fait quoi ? Qui décide quoi ? Et qui commande qui ?

C’est la politique qui doit répondre à ses questions.

Dans une démocratie, on estime que c’est le peuple qui doit, collectivement, aborder ces questions et prendre les décisions. Donc on gère ensemble, on décide ensemble, on gouverne ensemble.

 

 

3 – Comment fait-on pour prendre des décisions « collectivement » ?

C’est très compliqué… et c’est ce qui faisait dire à Winston Churchill que la démocratie était le pire des régimes politiques… à l’exception de tous les autres !…

Il voulait dire par là, que c’est le plus souhaitable pour la liberté et le bien-être de tous, mais que ce n’est pas simple pour autant. C’est même souvent très compliqué. Et en tous cas plus compliqué que d’avoir une seule personne qui décide et impose ses choix a tout le monde… Comme toujours, être libre, ça donne des responsabilités et ça complique un peu la vie… mais c’est le prix a payer pour qu’elle puisse être plus belle… on n’a jamais rien sans aucun effort.

Alors concrètement, pour décider collectivement, on organise des votes. On pose des questions et les gens y répondent en votant. Et on prend des décisions en fonction du résultat des votes. Soit à la majorité absolue (plus de 50% des voix), soit à la majorité relative (ce qui emporte le plus de voix)… entre autres.

 

 

4- Comment fait-on pour faire voter tout le monde ?

Ça aussi c’est un peu compliqué, et plus la base est grande, plus c’est compliqué. Voter dans un groupe de 10 personnes qui sont réunies en un même lieu, c’est évidemment plus facile que faire voter une nation de 66 millions de personnes comme en France, ou même 320 millions comme aux Etats-Unis…

Mais on s’organise pour le faire… ce qui demande de la logistique et du contrôle pour s’assurer que les résultats des votes sont correctement comptabilisés.

Là encore, on voit bien que dans une démocratie, le peuple doit être attentif et vigilant pour ne pas laisser s’installer des fraudes électorales (falsification des résultats du vote) qui pourrait favoriser telle ou telle personne et fausser les résultats.

 

 

5- Mais concrètement, les gens votent pour quoi ?

Ca dépend des systèmes, mais en France par exemple, les gens (on dit les citoyens) ne votent pas directement pour traiter les questions (sauf dans le cas de referendum, on y reviendra). Ils votent pour élire des représentants. C’est pour ça qu’on appelle le régime politique français une démocratie représentative.

  • Au niveau local, les citoyens élisent des conseillers municipaux qui désignent le Maire.
  • Au niveau départemental, les citoyens élisent des députés.
  • Au niveau départemental, les citoyens élisent aussi des « conseillers départementaux ».
  • Au niveau régional, ils élisent des conseillers régionaux qui désignent un Président de Région.
  • Et au niveau national, ils élisent un Président de la République.

Donc ils élisent des gens pour gérer et gouverner en leur nom. C’est important : EN LEUR NOM… pas « à leur place ». C’est une petite nuance, mais qui fait une énorme différence.

 

 

6- Députés, Maires, Présidents… C’est quoi la différence entre tous ces gens ?

Le Maire et les conseillers municipaux sont chargés de gérer les communes. Ils s’occupent de la vie quotidienne des gens : les rues, les jardins, le ramassage des déchets, l’organisation de la vie collective, les écoles, les équipements communs… C’est la base de la vie démocratique d’un pays.

Les conseillers départementaux et régionaux font la même chose mais au niveau départemental et régional.

Arrondissement, Commune, agglomération de communes, départements, région… Il est souvent reproché au système français de créer des couches et des sous-couches et d’arriver à un « mille feuille » administratif difficile à comprendre et impossible à gérer…

Les Députés représentent leur « circonscription » au niveau national. Ils siègent à l’Assemblée Nationale, ils peuvent proposer des lois et ils sont chargés de les voter. Ils organisent aussi des commissions parlementaires pour surveiller le bon fonctionnement de la démocratie dans le pays.

Le Président de la République a charge de gouverner le pays. Pour l’y aider, il désigne un Premier Ministre qui nomme un gouvernement (des ministres qui sont charges de s’occuper des différentes parties : l’armée, la justice, l’école, les hôpitaux, les impôts, la solidarité…). Le gouvernement propose des lois, qui sont ensuite votées par les députés à l’Assemblée Nationale.

 

 

7- Qu’est-ce qu’il faut faire pour être député, ou maire ou président ?

Sur le principe, rien de spécial. Toi, quand tu seras majeur, tu pourras l’être si tu veux. Il faudra juste te présenter à une élection (on dit « être candidat ») et expliquer aux gens qui vont voter ce que tu vas faire quand tu seras élu (ça s’appelle « faire campagne »). Après ça, les gens votent et si tu es élu, tu y vas !

Par définition, être élu ne demande pas de compétence particulière parce que tu es là pour représenter les citoyens. Donc tu t’exprimes en leur nom. Tu décides en leur nom… Et pour faire ça il ne faut pas sortir de polytechnique ni de l’ENA… il faut juste savoir lire, écrire, parler en public et avoir à cœur de servir les autres.

C’est différent du poste de ministre par exemple. Là, il faut des compétences parce que tu traites de sujet très pointus et tu dois diriger des équipes pour obtenir des résultats… c’est un poste de manager de haut niveau. Mais ça n’a rien à voir avec les fonctions d’élus. Les élus représentent les gens qui les ont élus, et les fonctionnaires (du haut en bas de la hiérarchie) font fonctionner.

En France, on a souvent tendance à confondre les deux…

 

 

8- Pourquoi les gens qui font de la politique ils, se disputent souvent ?

Deux raisons majeures :

Première raison : Les idées. Chaque personne, élue ou pas, a une certaine vision de la vie en collectivité. Et tout le monde n’est pas d’accord sur tout. Parfois même, sur certains sujets, les désaccords peuvent être important et ça peut créer des tensions voir des disputes. Mais ça fait partie des règles du jeu et une démocratie saine et dynamique se nourrit de débats animés. Et parfois, à force de s’animer, on en arrive à se mettre un peu en colère et à sortir quelques noms d’oiseaux… mais ça n’est pas grave tant qu’on en reste aux mots et qu’on sait respecter les autres et leurs opinions, même quand elles sont différentes. Les hommes politiques sont souvent des gens qui ont des opinions très affirmées et qui sont très passionnés pour les défendre. Donc forcément, quand ils ne sont pas d’accord, le débat s’anime…

Deuxième raison : L’Ambition. Tout le monde aime avoir au moins un peu de pouvoir. C’est humain. Mais il y a des gens qui aiment beaucoup ça. Et même certains pour lesquels c’est une obsession. Ils ont envie d’être chef, grand-chef et même super-chef… Et comme ils sont plusieurs à vouloir être chef, forcément, ils se bagarrent pour avoir la place. C’est moins noble que les batailles idéologiques mais ça fait aussi partie de la nature humaine…

Et c’est à nous, citoyens de savoir distinguer l’un et l’autre. Pour cela, quand un homme politique essaie de nous convaincre il faut se poser cette question : est qu’il est animé par l’intérêt collectif ou par son intérêt a lui ? Est-ce qu’il sert des idées ou sa seule ambition ?

 

 

9) Comment le savoir ?

Pas toujours facile. Mais il y a une façon de se tromper le moins souvent possible : ne jamais se contenter d’écouter ce qu’ils disent, mais plutôt regarder ce qu’ils font.

En gardant à l’esprit ce dicton populaire : si tu me trompes une fois, tu es un bonimenteur, si tu me trompes deux fois, je suis un idiot.

En politique comme dans la vie en général, on se trompe rarement en jugeant les gens sur leurs actes, mais on peut se faire berner souvent si on se contente de les croire sur parole.

Et surtout, la meilleure façon de ne pas se laisser avoir par les beaux discours des hommes politiques c’est de s’intéresser de près a ce qu’ils font et à la vie politique au quotidien, sur le terrain, pas seulement dans les journaux ou sur les plateaux de télévision.

 

 

10) Comment faire ça ? Comment s’intéresser a la vie politique au quotidien ?

Au-delà même de la politique, la démocratie est en tout et partout. Dès que plusieurs personnes sont réunies pour faire quelque chose ensemble il y a une notion de politique et de « gouvernance ». Comme on le disait au début : comment on s’organise ? Qui fait quoi ? Qui décide quoi ? Qui commande qui ?

Groupements de quartier, associations, clubs, ONG, entreprises, syndicats, délégués de classe… et même dans la famille… Dans tous les domaines de la vie en société on peut s’en remettre à des systèmes « dirigistes » ou certains dirigent A LA PLACE des autres… ou aller vers des systèmes plus participatifs, ou chacun est partie prenante de l’organisation.

Donc j’ai envie de dire que pour s’intéresser à la politique, on peut commencer par s’informer le plus possible sur les actions quotidiennes de nos élus (dans le cadre de leur mandat, pas dans leur vie privée), pour pouvoir les juger sur leurs actions et pas sur leurs paroles.

Et pour s’entrainer à la vie démocratique il faut pratiquer la démocratie, partout. Etre acteur. Etre responsable. Se tenir informe des questions qui touchent à la vie quotidienne. Prendre part au débat. Se former un avis. Participer aux actions. En famille, à l’école, au travail, dans les clubs et les associations

Ça demande de sortir un peu de son petit monde, a passer moins de temps devant la télé, à s’intéresser a autre chose qu’a son petit nombril et se consacrer à autre chose qu’à se faire sa petite place au soleil… mais c’est sans doute la clé de l’avenir de la démocratie en tant que garante des libertés individuelles et du bien vivre ensemble.

 

Une question pour finir, mais celle-là, c’est moi qui la pose : Et toi ? Comment décides-tu de participer à la vie démocratique ? Aujourd’hui… Maintenant…

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Le « Burkini » expliqué à mes ados.

Le « Burkini » expliqué à mes ados. En 10 Questions/Réponses

(suite a une discussion ce matin avec Théo et Nathan)

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1 – C’est quoi un « burkini » ?

C’est un vêtement de bain, conçu pour couvrir le corps d’une femme qui ne souhaite pas l’exposer. Le « Burkini » a été créé par une femme australienne pour permettre aux femmes qui ne voulaient pas exposer leur corps sur la plage de pouvoir y venir et se baigner. Mais ce terme est maintenant utilisé indifféremment, pour designer toutes formes de vêtements que des femmes musulmanes utilisent pour couvrir leur corps sur la plage.

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2 – Pourquoi les femmes musulmanes veulent-elles couvrir leur corps ?

Premièrement toutes les femmes musulmanes ne sont pas dans ce cas. De très nombreuses femmes musulmanes pratiquent leur religion sans estimer nécessaire de se soumettre à cette pratique. Il existe de nombreuses façons d’interpréter et de vivre chaque religion. Et il se trouve qu’une des façons de vivre la religion musulmane consiste, notamment, pour les femmes à se couvrir le corps en public et pour les hommes à porter une barbe… entre autres choses.

Les femmes qui décident de couvrir leur corps, tout comme celles qui décident de porter un hijab (foulard) estiment donc que c’est, pour elles, la bonne façon de vivre leur religion.

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3 – Si elles veulent porter ce vêtement, pourquoi leur interdire ?

Certains Maires ont estimé que le fait que ces femmes portent un « burkini » sur la plage au milieu des autres baigneurs pouvait constituer un trouble à l’ordre public.

Ça veut dire qu’ils ont estimé que la présence de ces femmes ainsi vêtues pouvait déclencher chez les autres personnes des réactions agressives ou violentes… Certains ont aussi estimé que le fait de porter ce vêtement pouvait constituer une certaine forme de provocation…

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4 – En quoi le port du « burkini » peut-il être associé à une provocation ?

Excellente question. D’après moi, le port du « burkini » ne peut être une provocation qu’a deux conditions :

I) s’il est interdit (c’est alors une transgression manifeste, un acte de rébellion)

II) s’il déclenche des réactions hostiles chez les autres (c’est alors une bravade et un appel à la confrontation)

Si aucune de ces conditions n’est présente, alors le port du « burkini » ne peut générer que l’indifférence ou parfois la curiosité comme pour toute chose rare ou nouvelle.

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5 – En quoi le port du burkini peut-il troubler l’ordre public ?

Pour qu’il y ait trouble à l’ordre public il faudrait qu’il y ait une réaction hostile à la vue d’une personne portant ce vêtement.

D’où pourrait venir cette réaction hostile ? Principalement de personnes qui n’acceptent pas qu’une personne rende visible son appartenance à la religion musulmane.

Suite, notamment, aux attentats terroristes perpétrés par des personnes identifiées comme islamistes extrémistes, il pourrait y avoir une association d’idée que l’on peut qualifier de malheureuse, et qui pourrait créer des réactions hostiles.

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6 – Est-ce que les islamistes extrémistes qui font des attentats obligent les femmes à porter un « burkini » ?

NON. La réponse est claire et formelle. Les islamistes extrémistes interdisent aux femmes de se baigner en public. Avec ou sans « burkini ». Ils y sont donc farouchement opposés.

De là, on peut avoir deux certitudes : les femmes qui portent le « burkini » sur la plage n’y sont pas obligées par des islamistes extrémistes. Et elles ne sont pas elles-mêmes des islamistes extrémistes.

Il n’y a donc absolument aucune raison d’associer le « burkini » avec une pratique religieuse extrémiste et dangereuse.

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7 – Mais alors pourquoi des gens sont-ils dérangés quand ils voient des femmes en burkini sur la plage ?

Il y a ceux qui ont peur parce qu’ils associent le « burkini » à l’islamisme extrémiste. Ils ne savent pas que les islamistes extrémistes sont contre le « burkini » (cf question #6). A ceux-là il faut l’expliquer et ça éliminera sans doute leur peur initiale.

Il y a ceux qui ont tendance à généraliser et à se dire que TOUS les musulmans sont des terroristes potentiels. A ceux-là il faut rappeler que l’immense majorité des musulmans sont modérés dans leur pratique et tolérant dans leur philosophie et que les terroristes ne représentent qu’une infime minorité ; et ça éliminera sans doute leur peur initiale

Il y a ceux qui ont peur que l’islam prenne une place de plus en plus grande dans la société française et finisse par remettre en cause la domination de la culture à tendance chrétienne qui prévaut dans notre pays depuis des siècles. C’est une inquiétude qui peut être comprise, et on peut avoir un vrai débat sur cette question. Mais ce n’est pas en interdisant le port d’un vêtement que l’on inversera le processus ni qu’on règlera la question. Un vrai débat démocratique sur la coexistence et la relation des cultures entre elles, peut et doit avoir lieu, mais il n’a rien à voir avec la question du « burkini ».

Et puis il y a les racistes et les xénophobes qui n’aiment ni les étrangers ni les musulmans… Et pour ceux-là, il n’y a pas vraiment de solution… à part la compassion, le dialogue, la pédagogie et… la patience.

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8 – A quelle catégorie appartiennent les maires qui ont interdit le « burkini » ?

Excellente question… En fait, ce sont avant tout des êtres humains donc ils peuvent appartenir à n’importe laquelle des 4 catégories citées (cf question #7).

Mais ils peuvent aussi appartenir à une 5eme catégorie, réservée aux hommes politiques. C’est la catégorie de ceux qui utilisent un fait insignifiant pour monter un coup de communication, faire parler d’eux dans les médias et gagner des voix auprès des électeurs qui appartiennent à l’une des 4 catégories citées plus haut. On appelle ça la politique politicienne. En anglais on dit la « trash politics », politique de poubelle.

Les élus (ou candidats) qui appartiennent à cette 5eme catégorie sont très dangereux pour la démocratie et les électeurs devraient s’en méfier comme de la peste.

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9 – Mais est-ce que ces Maires ont le droit d’interdire le « burkini » ?

NON. Un Maire ne peut pas décréter arbitrairement l’interdiction du port d’un vêtement dans certains lieux publics. C’est contraire à la loi et parfaitement anti-démocratique. Le Conseil d’Etat a d’ailleurs tranché. Sa conclusion est la suivante : « l’arrêté litigieux a (…) porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ».

C’est sans appel. Les arrêtés qui ont été pris sont illégaux et ils doivent immédiatement retires. Ceux qui ne se plient pas à cette décision se mettent hors la loi et s’exposent à des poursuites.

Et un Maire devrait être lourdement sanctionne s’il décide d’enfreindre la loi.

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10 – Certaines personnes disent qu’il fait faire une loi, est-ce que c’est vrai qu’il en faut une ?

Les mêmes qui souvent se plaignent que la France a déjà trop de règlements et de lois, sont les premiers à vouloir en ajouter une pour un oui pour un non…

Ce qui est sûr c’est qu’il est parfaitement inutile et certainement pas prioritaire de faire passer une loi interdisant spécifiquement le « burkini » sur les plages de France. Il y a des tas d’autres sujets beaucoup plus importants et urgents sur lesquels les députés doivent travailler et il serait ridicule de légiférer dans l’urgence sur un problème aussi marginal.

En revanche, notre pays a tout à gagner à prendre acte des crispations autour de cette question et à lancer, dans le calme, un grand débat démocratique sur la question du vivre ensemble dans un environnement multi ethnique et multiculturel. Il y sera question du respect des femmes, de la place de la religion dans la vie publique, de la coexistence entre les religions, de la liberté d’exercice de ses religions… Bref on débattra de beaucoup de sujets passionnants… mais sans doute pas du « burkini »…

Plaidoyer pour la différence… même si ça fait mal au cul !

Dans la vie, d’un côté, il y a les gens normaux, avec qui il est plutôt facile de pratiquer le « vivre ensemble » et de créer du lien social. Et puis il y a les autres… avec qui c’est plus difficile.

 

C’est qui les autres ?

Les arabes, les noirs et les chinetoques… les musulmans, les juifs, les évangélistes, les témoins de jehovah et les créationnistes… les ricains, les anglais, les allemands, les belges, les portos et les ritals… les gros beaufs, les sales fachos, les bobos et les aristos… les mecs trop machos, les filles trop gonzesses, les tarlouzes et les gouines… et puis aussi les politiciens, les avocats, les flics et les huissiers… les fainéants, les Rmistes et les chômeurs à vie… sans même parler des fonctionnaires, des patrons, des syndicalistes… des journalistes, des fils de pub, des footballeurs… J’en oublie…

Mais alors, du coup, c’est qui les gens normaux ?

Eh bien ce sont les gens comme moi. Blanc… Français… De souche… enfin pas complètement, je suis 1/8ème vietnamien, mais a partir de la 4eme génération ça se voit plus trop… Catholique… enfin pas vraiment parce que je suis plutôt agnostique… tendance athée… mais si on commence à expliquer tout ça les gens ne comprennent pas alors on va dire « plus ou moins catholique »… comme tout le monde… Éduqué… enfin pas vraiment parce que j’ai arrêté mes études au bac, mais j’aime bien discuter de trucs sérieux et compliqués alors il faut pouvoir tenir une conversation…

Normal. Avec un nom pas inquiétant. Un faciès et une couleur de peau pas inquiétants. Parlant le français sans accent. Gentil. Courtois. Passe-partout… Rassurant, quoi !

En fait c’est ça la clé. Pour bien vivre ensemble, il faut RASSURER !

Mais le problème c’est que la différence fait peur.

Et dans une société de lâche, on a honte d’avoir peur.

Alors on a honte de dire à l’autre qu’il nous fait peur parce qu’il est différent. Et on a tellement honte de le dire, qu’on a même honte de le penser. Et à force d’avoir honte de le penser, on en finit par se convaincre que c’est l’autre qui nous pose un problème. Que c’est lui le problème.

Alors on exclue l’autre de sa vie, on se replie sur soi, on s’entoure de gens « comme soi » et, ensembles, on n’a plus peur.

Sauf que moi, c’est ça qui me fait peur.

Mais, j’aime avoir peur. Je ne suis peut-être pas normal après tout. Ou peut-être que je suis normal. Peut-être que je perçois les choses normalement, comme tout le monde. Mais peut-être que c’est juste après, au moment d’interpréter ce que je perçois, que je m’y prends d’une façon un peu différente. Peut-être.

Moi, quand je vois un juif qui se comporte comme une caricature de youpin du sentier, ça m’agace. Mais je me dis que c’est lui… c’est sa vie… il est comme ça… il a le droit… et je reste conscient que TOUS les juifs ne se comportent pas comme ça. Par contre si le juif qui se comporte comme une caricature de youpin du sentier commence à me reprocher de ne pas l’apprécier et qu’il me traite pour ça d’antisémite, je vais lui demander de me foutre la paix.

Quand je vois un arabe (en fait, plus probablement, un jeune homme d’origine maghrébine) qui se comporte comme une caricature de racaille de banlieue, ça m’agace. Mais je me dis que c’est lui… c’est sa vie… il est comme ça… il a le droit… et je reste conscient que TOUTES les personnes d’origine maghrébine ne se comportent pas comme ça. Par contre si l’arabe qui se comporte comme une caricature de racaille de banlieue commence à m’agresser et à me traiter de sale français, je vais lui demander de me foutre la paix.

Quand je vois un martiniquais, qui se comporte comme une caricature de mâle black qui roule des mécaniques et pense avec sa queue, ça m’agace. Mais je me dis que c’est lui… c’est sa vie… il est comme ça… il a le droit… et je reste conscient que TOUS les martiniquais ne se comportent pas comme ça. Par contre si martiniquais, qui se comporte comme une caricature de mâle black qui roule des mécaniques et pense avec sa queue commence à m’agresser et à me traiter de sale blanc, je vais lui demander de me foutre la paix.

Quand je vois un homosexuel qui se comporte comme une tarlouze, ça m’agace. Mais je me dis que c’est lui… c’est sa vie… il est comme ça… il a le droit… et je reste conscient que TOUS les homosexuels ne se comportent pas comme ça. Par contre, si l’homosexuel qui se comporte comme une tarlouze vient m’asticoter en me faisant les yeux doux avec trop d’insistance, je vais lui demander de me foutre la paix.

Je pourrai multiplier les exemples… je pense que vous avez compris l’idée…

Et, au-delà de ça, à chaque fois que le comportement de quelqu’un m’agace ou me dérange, je me demande pourquoi. Je me demande a quoi ça me renvoie, en moi, qui me fait réagir. Et très souvent, en faisant cela, je découvre un petit quelque chose en moi qui demande à être approfondi, questionné, parfois même, soigné. Ça enrichit ma vie !

Et c’est en cela, précisément, que la différence est essentielle à l’évolution. Essentielle à la vie en société. Sans ces différences, nous aurions tous tendance à prendre notre modèle du monde pour acquis.  Sans la confrontation à l’autre, nous deviendrions inaptes au changement et à l’adaptation, reproduisant toujours les mêmes schémas, restant toujours dans notre zone de confort.

Alors, évidemment, ça demande un effort. Pas toujours facile à faire. Et, souvent, quand on a l’impression de faire cet effort sans que l’autre ne témoigne cette même curiosité en retour, ça peut être frustrant.

Alors oui, quand je vois un « autre », me toiser du haut de sa différence, et rejeter avec dédain mes efforts de mieux le comprendre et d’aller vers lui, ça m’agace. Mais je me dis que c’est lui… c’est sa vie… il est comme ça… il a le droit… et je reste conscient que TOUS les « autres » ne se comportent pas comme ça.

Et puis, je me console en me disant que, de toute façon, je ne le fais pas vraiment pour lui. Je le fais surtout pour moi. Je fais ma part et ça, personne ne peut me l’enlever. Et ça m’aide à évacuer la frustration pour rester dans l’amour et la compassion. Même si je sais que ces mots vont me faire passer pour un « Bisounours »….

Mais la vie m’a appris qu’avoir des couilles ne dispense pas d’avoir un cerveau. Avoir des tripes ne dispense pas d’avoir un cœur. Le vrai courage est plus souvent du côté de l’amour que de celui de la colère. Et d’ailleurs, bien que je revendique mon côté « Bisounours », celui qui m’aborderait en pensant avoir affaire à un niais sans défense risquerait d’être surpris…

Pour conclure je suis fier de pouvoir affirmer sans honte que les autres me dérangent. Je n’ai pas honte de dire que les autres me font peur. Mais ils enrichissent ma vie et je les aime pour ça… même si ça fait mal au cul !

Tout dire

Quand je fais lire
ce que j’écris,
on me dit :
Attention !

Il ne faut pas tout dire…
On ne PEUT pas tout dire…

Pourtant la vérité
ne peut blesser
que ceux à qui
on a trop longtemps
menti…

Et ce qui blesse alors,
ce n’est pas
la vérité révélée,
mais la réalisation,
brutale,
d’avoir, tout ce temps, vécu
dans le mensonge…

Il n’y a jamais de mensonge innocent.

Et jamais de vérité coupable.

JAMAIS.

C’est l’été… tout va bien…

 

10 Août 2016 :

L’Humanité commémore les 71 ans d’Hiroshima/Nagasaki…

La France est poursuivie pour crime contre l’humanité pour avoir effectué des essais nucléaires dans le Pacifique pendant 30 ans…

Erdogan et Poutine sont copains comme cochons…

Le meme Erdogan vient d’écraser un faux putsch, massacre ses opposants et rétablit la censure au nom de la démocratie…

Hillary Clinton et Donald Trump sont les deux pires candidats à l’election présidentielle que les USA aient connus…

Elle est menteuse, corrompue, prête à tout pour se faire élire et détestée par une majorité d’Américains…

Il est menteur, fou a lier, prêt à tout pour se faire élire et détesté par une majorité d’Américains…

Les dirigeants britanniques viennent de trahir leur peuple en les precipitant, par calcul politicien, dans un Brexit qui va secouer une Europe déjà fragilisée…

En France, la Loi Travail, toujours contestée par les syndicats, toujours rejetée par une majorité des français et toujours incapable d’obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale vient d’être définitivement adoptée et publiée au J.O. après deux 49.3…

La Palestine a été effacée de la carte du monde par Google…

Une armée d’athletes officiellement dopés se crêpent le chignon pour gagner des médailles au milieu des favelas…

Comme chaque année, au nom de la tradition, les habitants des Iles Féroé vont massacrer des dauphins par centaines a coup de harpons…

Malgré tout cela PLUS…

la crise, le chômage, les inégalités croissantes, les attentats, l’état d’urgence, une partie de la jeunesse en voie de radicalisation, une partie de la France profonde en voie de fascisation, la violence qui s’impose partout, la démocratie qui agonise partout, la misère qui hurle partout…

c’est le mois d’août, les Français sont en vacances… ils consomment… il fait beau… tout va bien…

Encore !!!…

(Chronique écrite en réaction à l’attentat de Nice, survenu le 14 juillet 2016).

Encore… encore des vies interrompues… brutalement… sauvagement… encore des cœurs meurtris, des familles déchirées… encore du sang, encore des cris, encore des larmes… Encore…

Une pensée émue à toutes celles et tous ceux qui ont perdu des proches dans cette attaque.

Et un message à celles et ceux qui laissent la haine et la colère les envahir… à celles et ceux qui pensent avoir la solution… qui pensent à prendre les armes… à troquer leur liberté et leur humanité pour une panoplie de guerrier ou de justicier : Attention mes amis, la guerre, c’est ça ! Tous les jours… partout… sans fin !

Je ne prétends pas, moi, avoir LA solution. Mais j’ai une conviction : on ne triomphe pas de la guerre par la guerre. On ne fait que l’amplifier, l’intensifier, la généraliser.

Aucune arme, aucune armée, aucune police ne pourra jamais vous protéger contre la violence aveugle. Jamais.

Alors, aujourd’hui, plus que jamais, j’ai envie de savoir pourquoi je vis.

Aujourd’hui, plus que jamais j’ai envie de savoir quelles valeurs sont les miennes.

Plus que jamais je veux vivre en exprimant ma liberté et mon humanité, envers et contre tout. Ne jamais les sacrifier, à aucun prix, et surtout pas pour une illusion de sécurité.

Plus que jamais je veux jouir de tous et de tout, à chaque instant.

Plus que jamais je veux être prêt à tout perdre, à tout moment, pour prix d’avoir vécu pleinement.

Plus que jamais je veux accueillir l’autre et essayer de vivre en paix, simplement, avec lui.

Et c’est peut-être ça, en fait, MA « solution »…